Rose Lemeunier entremêle deux récits pour traduire la mémoire du paysage perdu. L’artiste entreprend dans un premier temps un travail de dessins, au fusain ou au pastel, inspirés des peintures de paysages de maîtres anciens, où la force des éléments nous dépasse. Comme un hommage discret à la sublimation des paysages torturés de Poussin (violents orages et tempêtes), de Bosch (incendies), de Friedrich (débâcle) … Puis elle fait naître un dialogue avec d’autres formes en « grignotant » le dessin par de multiples incisions au scalpel. S’opère alors une deuxième lecture du paysage jusqu’à parfois faire apparaître un nouveau paysage tel un palimpseste. Cette découpe volontairement très régulière dans le dessin nous propose une sorte de grammaire contemporaine qui viendrait griffer ce paysage, cette nature tourmentée. Ainsi, paradoxalement, en « torturant » plastiquement le dessin initial l’artiste cherche par sa métamorphose progressive à magnifier la force de résilience de la nature.