"L’expérimentation n’est pas toujours génératrice d’art. Pour que l’art advienne, elle a besoin, en amont, d’une intuition artistique qui la pilote et la dirige vers un effet espéré. En aval − et même si la notion de « technè » fait trop souvent figure d’épouvantail chez ceux qui auraient mal digéré leur Petit Duchamp illustré −, il n’est pas indifférent qu’un authentique savoir-faire autorise l’épiphanie de l’idée. Dès lors, l’hérésie elle-même peut s’avérer féconde. C’est ainsi que les pluies de perforations que Rose Lemeunier inflige à ses photographies parviennent par deux fois à creuser l’image : l'orifice devient la porte du sens. Le vide lieu des potentialités infinies.
En situation d’exposition, la photo perforée se voit littéralement traversée par la lumière. Comme autant de trous de serrure aspirant inéluctablement toute forme de curiosité, ces perforations contraignent notre regard à traverser la surface de l’image. Nous découvrons alors sur le mur une sorte de négatif du support qui renvoie, avec ou sans préméditation, à la fille du potier de Sicyone et au mythe de l’invention de la peinture. Cette confrontation du négatif et du positif qui est, selon la pensée d’Héraclite, la source de tout mouvement et de toute harmonie, confère à l’image (faut-il encore dire « image » ou sommes-nous avec cette ombre projetée à la limite de l’installation ?) une profondeur inédite, matérielle, esthétique, une épaisseur holographique aux multiples répercussions.
Qui est fasciné par les images épaisses, celles qui invitent le regard et l’esprit à la traversée de leur propre surface, ne saurait se lasser d’une telle contemplation."
Thierry Le Gall
Docteur en Histoire de l'art
En situation d’exposition, la photo perforée se voit littéralement traversée par la lumière. Comme autant de trous de serrure aspirant inéluctablement toute forme de curiosité, ces perforations contraignent notre regard à traverser la surface de l’image. Nous découvrons alors sur le mur une sorte de négatif du support qui renvoie, avec ou sans préméditation, à la fille du potier de Sicyone et au mythe de l’invention de la peinture. Cette confrontation du négatif et du positif qui est, selon la pensée d’Héraclite, la source de tout mouvement et de toute harmonie, confère à l’image (faut-il encore dire « image » ou sommes-nous avec cette ombre projetée à la limite de l’installation ?) une profondeur inédite, matérielle, esthétique, une épaisseur holographique aux multiples répercussions.
Qui est fasciné par les images épaisses, celles qui invitent le regard et l’esprit à la traversée de leur propre surface, ne saurait se lasser d’une telle contemplation."
Thierry Le Gall
Docteur en Histoire de l'art




























