Nous savons tous qu’un Palimpseste est un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé dont on fait disparaître les inscriptions pour y écrire à nouveau. Une manière de réaliser une économie donc du support mais qui suppose l’effacement qui n’est pas sans laisser de trace. Par extension, le terme est utilisé pour un objet qui se construit par destruction et reconstruction successives ; ce terme est utilisé en architecture ou dans l’analyse paysagère .
Ce que fait Rose Lemeunier dans son travail c’est peut-être une nouvelle cartographie de son vécu, de son histoire personnelle, ces instants de son enfance qu’elle a souhaité arracher à l’oubli à l’aide de ses outils de plasticienne. C’est ainsi qu’elle gratte, creuse , lisse , dessine pour mieux cerner la nouvelle géographie du paysage , les changements d’une nature qu’elle a tant aimé ; «  mon histoire dit elle commence par un chemin creux , si creux que le feuillage venait couronner sa tête » image d’une vestale gardienne de la beauté de la nature aujourd’hui maltraitée, et dont le souvenir s’est ancré chez cette plasticienne à la manière d’une madeleine de Proust.
Peut-être est-ce là le point de départ du travail de Rose qui va se mettre à fouiller, émietter, fractionner, hachurer avec la frénésie d’une archéologue en quête de la découverte , avec la détermination du chercheur en quête de procédés multiples, de matériaux multiples, de voies multiples, pour s’engouffrer dans la matière et la faire chanter au travers de la transparence et de l’opacité qui nous sont données à voir. Rose part du chaos pour faire œuvre. Nous emprunterons à Mondrian cette citation qui nous semble si bien vous convenir à Rose :
« Par l’intériorisation de ce qui est connu comme matière et extériorisation de ce qui est connu comme esprit -jusqu’ ici trop séparés !-matière- esprit devient une unité »

Lyse Madar, présidente du Passage de l'Art - Marseille